Une technique nouvelle

Une technique nouvelle

La technique de la gravure sur bois de bout, inventée à la fin du XVIIIe siècle par l’anglais Thomas Bewick est en vogue en France à partir des années 1830. Le bois, travaillé au burin perpendiculairement au sens des fibres permet une finesse proche de la gravure sur cuivre, et une impression sur presse typographique, mais l’artiste doit passer par des intermédiaires pour voir son ouvrage transposé sur bois. Alors que 20 ans plus tard Gustave Doré dessinera directement sur le bois, Grandville lui, reste fidèle au papier et confie le report de son dessin à son aide.

« Alors restait le second report, sur bois, que j’ai confié constamment à un brave et consciencieux graveur, Auguste Desp[éret] qui, 10 ou 12 années, m’a perpétuellement donné à redresser les mêmes fautes, et de dessin et d’esprit, mais est resté aussi près que possible du contour et de l’effet. […]. Des artistes, des connaisseurs amis m’ont bien souvent fait le reproche de n’avoir pas eu le courage de m’affranchir de cette aide bien souvent désespérant pour moi. […] Cela me donnait à la fois et surtout plus de temps pour la composition. »

Le dessin une fois inversé sur le bois et à nouveau retouché par Grandville est alors livré au graveur qui va se charger, par différentes techniques de taille, de traduire les traits et les valeurs dans le bois. C’est lors de cette étape que le dessin de l’artiste risque d’être dénaturé. On sait par sa correspondance que Grandville, connaissant bien la technique, dispense d’abondants conseils à ses graveurs, allant même jusqu’à leur indiquer dans quel sens les hachures doivent être exécutées. Malgré toutes ces précautions, il n’est pas toujours satisfait du résultat.

Le Lion s’en allant en guerre. Sur cette gravure, Grandville a fait, après publication,  des retouches à la gouache et au crayon pour souligner les faiblesses de la gravure.