Grandville et La Fontaine

Grandville et La Fontaine

Grandville, qui jusque là était surtout connu pour sa veine satirique et Les Métamorphoses du jour, se lance dans un travail risqué : prendre la suite des illustrateurs des Fables de La Fontaine, dont le plus fameux est le peintre animalier du 18e siècle Jean-Baptiste Oudry. À cette idée, fierté et angoisse se mêlent :

« Cette tâche m'épouvanta, m'étourdit... Peu rompu encore dans l'exécution sur bois, et envisageant l'extrême difficulté de cette entreprise audacieuse – accoler des dessins à l'œuvre admirable poétique du si grand et si fin fablier, du bon et supérieurissime Jean de La Fontaine, moi... Néanmoins, comme son âne dans les animaux malades, la faim , l'herbe tendre, et puis je ne sais quel diable d'amour propre me poussant... j'acceptai et me mis à l'œuvre avant même que ces messieurs n'eussent arrêté leur plan, leur budget et leur format. »

Son originalité réside dans ce qui peut paraître aujourd’hui classique pour les Fables : habiller les animaux, leur faire prendre des postures humaines, voire mettre des têtes d’animaux sur des corps humains. Ce procédé, qu’il a expérimenté dans Les Métamorphoses du Jour, fait à la fois son succès public et son infortune critique.